
Tout a commencé par trois phrases.
« J'ai failli repartir aussitôt. »
« Je suis arrivée à l'AFE par hasard. »
« Je pensais que cette annonce était un fake. »
Trois premières impressions.
Trois histoires.
Rien ne semblait devoir conduire ces trois femmes jusqu'au 17, rue de l'Amiral-Hamelin.
Et pourtant…
- Le RER a encore décidé de faire des siennes.
- Tu m'étonnes… j'ai cru que je n'arriverais jamais.
- Il y a des madeleines si vous voulez !
- Alors, ton ciné ?
Pendant que les ordinateurs s'allument, la conversation, elle, continue pour s’installer aux bureaux.
Margaux écoute d'une oreille, sa tasse dans une main.
À voir son regard, je devine que la journée est déjà en train de s'organiser dans sa tête.
- Newsletter de la formation… validation de Valérie.
- Note de lumière… fin du mois.
- Penser à rappeler Jacques pour la revue.
- Mettre à jour les dates de formation sur le site.
- Le prochain LinkedIn… dans deux semaines.
Quelques secondes plus tard, elle est déjà devant son ordinateur.
Le surligneur à droite.
Son cahier de « to-do » ouvert.
La première case attend déjà son trait.
- Margaux, tu peux préparer la newsletter formation ?
Quelques minutes plus tard, elle arrive dans trois boîtes mail.
- Je t'envoie le fichier des adhérents à jour.
Quelques clics.
La newsletter est programmée.
Ce que je trouve formidable, c'est d'entendre ce qui éclaire Valérie au milieu de ses tableaux Excel aux mille colonnes. Ce détail qui n'en est pas un. Car ce qui compte, ce ne sont pas des informations bien rangées … à part pour monsieur Qualiopi. C'est la sérénité des intervenants et des stagiaires. Que tout soit prêt avant leur arrivée. Qu'ils n'aient plus à transmettre et partager.
Elle préfère les coulisses à la scène et veille à ce que rien ne vienne troubler ceux qui sont sous les projecteurs. Elle ne souffle pas le texte, mais elle reste toujours là, discrètement, si quelqu'un a besoin d'elle.
Son « Tetris », comme elle le décrit, ne change rien à ce qui l'anime depuis le premier jour : mettre l'humain au premier plan et les madeleines aussi, de temps en temps.
Alors oui, c’est vrai, de mon bureau, elles ne le savent pas, -ou peut-être le devinent elles un peu - je peux observer leurs habitudes de travail, entendre les soucis, écouter les démarches en cours, ressentir les émotions, me mêler aux conversations, tout en essayant d’organiser mon bureau et trier mes idées. Entre les post-its, le thé qui infuse, et une pile de courriers qui, dans mon esprit, est parfaitement rangée, je termine ma création :
- Voilà !
- Quoi ?
- Le calendrier de l'Avent est terminé.
Un silence.
- Déjà ? Mais… on est en avril !
- Oui, je sais ! Mais c'est maintenant que j'ai les idées.
Et comme d’habitude, elles arrivent entre une facture à payer et les adhésions à renouveler !
Quelques minutes passent.
- Au fait…
- Hum ?
- Ce n'est pas bientôt l'heure de deviner ce qu'on mange à midi ?
Je vais vous faire une confidence : je ne trouve pas toujours le menu du midi. En revanche, le dessert, je l'ai. S'il y a bien une institution dans ce bureau, c'est la Danette au chocolat. Trois voix contre une. Le vote est sans appel. D'ailleurs, la tablette de chocolat posée à côté du tableau de liège, où nous affichons avec un sérieux tout relatif les cartes de voeux les plus mémorables de l'année, ne me contredira pas.
Si cette dernière disparait progressivement au cours de la journée, ce n’est pas sans raison.
Une nouvelle notification.
De : Margaux
Ta Note de lumière est prête.
J'ouvre le document. Quelques lignes sur un regard, une lumière, un instant du quotidien. J'aime ces textes qui rappellent que notre association parle d'éclairage… mais aussi de tout ce que la lumière raconte.
Le texte est là, mis en page tout en douceur.
La chanson, jamais choisi au hasard, aussi.
C'est parfait. Margaux, merci !
Et voilà, la Note est programmée. J’ai toujours un peu le coeur qui bat le jeudi de sa parution ; déjà parce que Marie-Pierre la découvrira elle aussi, en même temps que les adhérents ; et surtout parce que j’attends de savoir, presqu’avec impatience, comme un rendez-vous, si elle parlera à d’autres qu’à moi !
Le bureau retrouve son calme pour quelques minutes
- On en est où sur les JNL ?
- Le traiteur, c'est presque réglé. Il ne reste plus qu'à choisir le menu.
- Vous avez regardé les desserts ?
Un silence.
- Tant qu'il y a du chocolat…
- Je vous montrerai aussi les deux versions du logo. Vous me direz si vous préférez le bleu ou le vert.
Valérie relève les yeux de ses conventions
- Les hôtesses… j'attends encore le devis.
- Parfait ! Je retourne terminer le programme des conférences.
Marie-Pierre attrape un carré de chocolat au passage et retourne à son bureau, derrière la cloison vitrée entre nous.
C'est fou, je n'y avais jamais vraiment réfléchi. La lumière passe sans filtre à travers ce verre. Les conversations sont à peine assourdies. Rien n’est opaque. On se voit, on s'entend, la porte n’est jamais fermée.
Cette cloison ne nous a jamais séparées. Elle nous rappelle simplement qu'on peut tout voir… sans jamais avoir besoin de surveiller.
- Qui vient demain ?
Un dernier clic ; ça sent la fin de journée !
Margaux referme son cahier des tâches avec la satisfaction d’avoir été efficace.
Valérie laisse un post it pour demain : « erreur dans les dates ».
Mon bureau n’a jamais été aussi bien rangé, enfin…. d’après moi.
Quelques carrés de chocolat attendent déjà.
Au mur, l’affiche des JNL passées, des citations humoristiques… et quelques autres paillettes. Parce que les paillettes c’est la vie !
Il est temps de rentrer.
L'une retrouvera le faisceau de la tour Eiffel qui éclaire sa fenêtre le soir un peu comme un écho à cette lumière du couloir, celle que ses parents laissaient allumée lorsqu'elle était enfant.
Une autre cherchera ce petit éclat dans les yeux de ceux qu'elle aime qui lui rappelle la magie des lucioles de son enfance.
Le casque de vélo retrouvera sa place, non sans repenser à cet inconscient qui a grillé le feu rouge.
Et moi… j'écouterai Calogero en attendant les trois coups qui annoncent le début de la pièce.
18 h 30.
Notification du groupe WhatsApp « Les drôles de dames ».
- Devinez qui a des problèmes de RER…
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