Avenir des métiers de l’éclairage : un problème de formation ?

Avant la démocratisation des connaissances en matière d’éclairage, les acteurs de la filière étaient des techniciens disposant d’un précarré de compétences. Aujourd’hui, les métiers de l’éclairage sont grignotés par le marketing vert et l’électronique. Demain, l’ensemble de l’industrie risque de basculer vers l’informatique. « Il est urgent, pour les différents métiers de la filière éclairage, de donner du sens aux nouvelles technologies et solutions pour ne pas être victimes de l’« Ubérisation », l’économie digitale remettant rapidement en cause le vieux modèle de l’économie traditionnelle » (Lux, la revue de l’éclairage n°285). Si repenser le marketing de l’éclairage, et donc son sens, est essentiel, ce repositionnement ne pourra, seul, lui redonner une vraie place dans le paysage des travaux publics. Le vrai danger pour l’éclairage n’est pas de se convertir au numérique. Le véritable piège est de laisser cette transition le reléguer au statut de petit dernier qui ne récupère que les miettes. La survie de l’éclairage passera par un renouveau du socle de connaissances, et de compétences, commun à tous les acteurs. Des compétences qui tendent à se perdre face à la complexité du marché et aux nouveaux entrants, de plus en plus nombreux, et pas forcément solides techniquement.

Le boom des nouveaux entrants sur le marché

Il suffit de se rendre sur les salons, de plus en plus nombreux ces derniers temps (preuve en est que malgré les difficultés, le marché intéresse toujours autant), pour se rendre compte de la prolifération de jeunes entreprises et start-up qui se sont lancées dans l’éclairage. Un boom qui intervient alors que 3 des 4 leaders mondiaux ont entamé des démarches de désengagement du marché.

Un constat empirique confirmé par les études de marché : alors qu’en 2015, les fabricants de lampes et appareils ont enregistré une augmentation de 4 % de leur activité, les industriels de l’éclairage intérieur ont enregistré une baisse d’1 % d’activité et les spécialistes de l’éclairage public une baisse de 3 % (Xerfi – 2016) ; les nouveaux entrants ont proliféré. Des entreprises « notamment asiatiques » et des start-up ont fait leur entrée. Un engouement dû aux LED, qui a permis aux acteurs de l’électronique d’ajouter une corde à leur arc. Résultats : la plupart de ces structures prennent la forme de PME ou filiales et ne se limitent pas au marché français.

L’éclatement des acteurs historiques de l’éclairage aurait pu être absorbé en matière de masse salariale, et donc de compétences, par ces nouvelles entreprises. Il n’en est rien, du fait du positionnement marketing actuel de l’éclairage.

Car il faut dire que le filon est attirant, les LED bénéficiant de la tendance « verte » actuelle, et que ces nouveaux entrants ont une politique de communication agressive. Bref, un marketing de la performance économique et énergétique, qui n’est pas sans effet pervers pour toute la profession.

Les effets boomerang du positionnement marketing actuel de l’éclairage

Du côté des politiques, au national comme à l’international, un basculement s’est opéré en matière d’éclairage. La mode est en effet aujourd’hui au culte de la performance économique et énergétique, parfois au détriment de la technique. C’est ainsi que l’on constate de plus en plus d’aberrations : soutien ou prix attribué à des technologies hasardeuses, promotion nationale de « gadgets » (voir notamment le communiqué AFE / Ministère sur les relevés aériens)… Si ces épiphénomènes peuvent apparaître comme des erreurs de parcours, des résultantes de la « mode » des LED, ils sont pourtant inquiétants. Pourquoi ? Parce que la technique, la connaissance, sont relayées au second plan au profit d’installations permettant de communiquer sur la politique « verte et innovante » menée et que des décisions sont prises sur cette base incomplète. Résultats : des besoins humains non assurés, des installations mal dimensionnées, sources de nuisances, au mieux. Au pire, des projets avortés, dont le bouche à oreille ne tardera pas à en refroidir plus d’un.

Une ardoise que l’engouement politique et les politiques commerciales alourdissent. Quel professionnel n’a pas déjà entendu parler d’un passage aux LED engagé par volonté politique et mal dimensionné ? En cause notamment, le manque de compétences et de sérieux de ces électroniciens qui s’improvisent professionnels de l’éclairage, mais aussi de « professionnels » qui ne prennent pas la peine de qualifier leur travail.

Car la question est bien là : face à ces nouveaux entrants, souvent éphémères, qui peut se targuer d’être un professionnel de l’éclairage ? Suffit-il de commercialiser des LED ? Et quelles conséquences de ces pratiques commerciales sur la crédibilité des métiers ? Suffit-il d’avoir des lampes performantes pour se dire éclairagiste ? Quelle régulation ? Quel diplôme ? Des questions difficiles car l’éclairage en lui-même est un carrefour de plusieurs professions : recherche, médical, optique, électrique…

Il est d’autant plus urgent de trouver ces réponses que les métiers sont eux-mêmes en face de transition vers l’informatique, avec l’émergence des nouvelles technologies « smart », qui laissent planer un manque de visibilité sur les compétences futures nécessaires, l’organisation même de la filière et de ses métiers.

Un flou sur les nécessaires compétences des acteurs

Sans surprise, la transition de l’éclairage vers l’électronique, toujours en cours, laisse la profession dans le flou quant à l’avenir de certains métiers et, à plus court terme, quant aux compétences nécessaires à la pratique de l’éclairage. Si tout le monde s’accorde à dire que de nouvelles compétences vont être nécessaires, peu s’avancent à dire quels métiers composeront la filière éclairage, même si toute la chaîne n’est pas touchée.

Mais le problème va bien au-delà de la nécessaire acquisition de compétence d’électronicien. Car c’est l’organisation de la filière en elle-même qui est potentiellement remise en cause.

Trois problèmes se posent :

  • Maîtriser les compétences nécessaires dans des technologies en constante évolution
  • Maîtriser l’ingénierie et, par conséquent, maintenir la propriété et la sécurité des installations dans les mains des acteurs français
  • Maîtriser la réglementation et la normalisation en constante évolution

Une incertitude d’autant plus grande que les acteurs de l’éclairage, dont la définition des frontières des périmètres d’intervention de chacun est parfois délicate, tentent tous de se positionner sur le marché via deux stratégies :

  • L’innovation et la force commerciale
  • La conquête de nouveaux territoires, via les solutions de financement, notamment

Ces deux stratégies remettent en cause l’organisation actuelle de la filière.

Au cœur de la complexité : la remise en cause des précarrés

La filière de l’éclairage est déjà tiraillée en interne :

  • Du basculement entre gestion directe et indirecte pour l’éclairage public
  • D’une position d’oméga dans la chaine de priorité en éclairage intérieur
  • Des difficultés de solutions de financement, en éclairage intérieur comme en éclairage public

Des tensions internes qui sont exacerbées par les technologies du « smart », qui redistribuent les cartes, non plus seulement des compétences, mais surtout de l’influence. Car il s’agit bien là de définir qui va garder le contrôle de la filière. Manger ou être mangé, somme toute. La numérisation de l’éclairage implique un contrôle « au chiffre » de l’éclairage, elle-même intégrée dans une gestion plus globale de la ville ou du bâtiment. Une nouvelle organisation qui questionne : quelle place pour le service éclairage ?

Peut-être faudrait-il prendre exemple sur les acteurs de l’éclairage intérieur ? Pour tenter de conserver leur place, plusieurs entreprises ont fait le choix de la coopération, en s’association avec d’autres acteurs proposant des services compris dans le « smart » (thermique…). En d’autres termes, garder le contrôle sur les futures offres en les composant soi-même.

En éclairage public, le problème est d’autant plus complexe que les compétences en éclairage se situent des deux côtés de la « barrière » client/prestataire. Du côté des collectivités, on entend bien conserver ces compétences humaines et y investir dans les années à venir, notamment dans les profils informaticiens (Club AFE Métropoles – JNL 2016).

Du côté des acteurs de l’éclairage public, les entreprises semblent miser, elles, sur des stratégies de différenciation en solo : la solution de la fourniture d’un service complet leur garantissant l’expertise du système de gestion. Une solution qui favoriserait les grandes entreprises, les plus petites étant positionnées en tant que maillon de la chaîne.

Or, réussir le pari de la stratégie de coopération, et encore plus une stratégie de différenciation, implique d’avoir un véritable savoir-faire à offrir. Des compétences qui, inéluctablement, passeront par la maîtrise des besoins humains, quel que soit le degré de sophistication de la technologie utilisée.

Se différencier par la compétence, la seule stratégie valable

Il est une chose que l’électronique et l’informatique ne pourront apporter, quel que soit le métier de la personne derrière l’écran : la valeur ajoutée humaine, primordiale dans les métiers de l’éclairage, et notamment dans un secteur d’activité qui répond aux besoins humains. Cette valeur ajoutée, que l’on nomme compétence, ne peut exister sans connaissances, sans cesse mises à jour. Car l’éclairage offre l’avantage (ou l’inconvénient, question de point de vue), de rassembler plusieurs disciplines : santé, vision, sécurité, attractivité… Ces dimensions, dont plusieurs sont subjectives, ne peuvent se résumer à un chiffre et nécessite de véritables études, et donc, de véritables compétences.

Le programme des formations du CFPE pour l’année 2017, dont le contenu est élaboré par l’AFE, est disponible. Ces formations sont utilisées comme référence dans les appels d’offres et offres d’emploi. http://www.afe-eclairage.fr/docs/2016/09/26/09-26-16-9-09-Catalogue_2017_formations_eclairage_Lux_Editions.pdf et la page AFE dédiée à la formation sur Linkedin