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20 mai 2026

Pollution lumineuse : quand la lumière artificielle perturbe le vivant

La lumière artificielle ne se contente pas d’éclairer nos villes : elle transforme profondément les écosystèmes nocturnes. Lors des Journées nationales de l’AFE 2025 de Paris, Marie-Pierre Marchant, doctorante en écologie à l’Université de Toulouse, a présenté les recherches menées sur les effets de l’éclairage nocturne sur la biodiversité.

Un chiffre illustre à lui seul l’ampleur du sujet : la France compte plus de 4 750 espèces de papillons de nuit, contre seulement quelques centaines de papillons de jour. Une biodiversité discrète mais essentielle, aujourd’hui fragilisée par l’omniprésence de la lumière artificielle.

Une perturbation récente à l’échelle du vivant

Depuis des millions d’années, les espèces vivantes évoluent au rythme de la lumière naturelle : alternance jour-nuit, cycles lunaires, crépuscule ou encore position des étoiles. Ces repères influencent les rythmes biologiques, les déplacements, la reproduction ou encore la prédation.

L’arrivée massive de l’éclairage artificiel, extrêmement récente à l’échelle de l’évolution, bouleverse ces mécanismes. « Les rythmes circadiens et hormonaux sont complètement chamboulés », explique la chercheuse. Certaines espèces sont attirées par les sources lumineuses, d’autres les fuient, créant une fragmentation des habitats et modifiant les équilibres écologiques.

Chez les insectes nocturnes, ce phénomène est particulièrement visible. Contrairement à une idée reçue, les papillons de nuit ne sont pas simplement « attirés » par la lumière : leur système de navigation naturel est perturbé par ces nouvelles sources lumineuses, qui brouillent leurs repères. Résultat : des trajectoires désorientées, une dépense d’énergie accrue et une exposition plus importante aux prédateurs.

Comprendre comment les insectes voient la lumière

Pour mesurer ces impacts, les chercheurs analysent le fonctionnement de la vision des insectes. Certaines espèces perçoivent fortement les longueurs d’onde bleues et ultraviolettes, mais très peu les teintes rouges ou orangées. Ce constat permet de mieux comprendre pourquoi les éclairages chauds semblent moins perturbateurs pour la faune nocturne.

Les travaux présentés par Marie-Pia Marchant combinent biologie, mesures comportementales et modélisation mathématique. L’objectif : créer des indicateurs capables d’évaluer l’impact biologique réel des différentes technologies d’éclairage.

Les chercheurs étudient également la fréquence de scintillement des luminaires, la sensibilité des insectes à l’intensité lumineuse ou encore la proximité spectrale entre une lumière artificielle et la lumière lunaire, susceptible de tromper davantage les systèmes de navigation naturels.

Vers un éclairage plus respectueux de la biodiversité

Ces recherches ouvrent la voie à des solutions concrètes pour réduire l’impact de l’éclairage nocturne sur le vivant : limitation des intensités, choix de spectres lumineux moins perturbateurs, réduction du bleu ou encore préservation de « trames noires » favorisant les déplacements de la faune.

Au-delà des insectes, ces enjeux concernent l’ensemble du vivant, y compris l’être humain. « Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes aussi des animaux », rappelle la doctorante avec humour.

La pollution lumineuse apparaît ainsi comme un défi environnemental majeur, à la croisée de l’écologie, de l’urbanisme et des technologies de l’éclairage.

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