Quel avenir pour l’éclairage français ?  – Sujet JNL 2016

Note : ceci est un extrait des Brèves de l’AFE

L’éclairage est-il un secteur stratégique pour l’Europe et pour la France ? Faut-il, comme les Etats-Unis récemment ou comme pour d’autres secteurs comme la sidérurgie, une intervention de l’Etat ? Pourra-t-on encore parler de savoir-faire français en matière d’éclairage ?

Face aux manœuvres, cessions, restructuration… en cours, qui questionnent la répartition historique du marché de l’éclairage, beaucoup s’interrogent sur le visage de l’éclairage de demain. Si tous les acteurs s’accordent sur les causes de la profonde mutation en cours, peu envisagent l’avenir sereinement. Cause principale de ces changements : la digitalisation de l’éclairage. Une rupture technologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité » selon le blogueur Jean-Pierre Corniou, qui « déstabilise les acteurs historiques en place au profit des nouveaux venus » (Lux, la revue de l’éclairage – janvier / février 2016).

Car ce qui se dessine dans ces questionnements, c’est bien la révolution de la conception même du « service » qu’est l’éclairage. A travers la question de la présence européenne, et française, dans le domaine de l’éclairage, se pose également la question de la qualité des installations et, par conséquent, du bon éclairage.

« Ce n’est vraiment pas beau à voir »

Dans un article intitulé « Le marché de l’éclairage s’envenime » (Luxreview.com – 29 février 2016), l’analyste Jed Dorsheimer indique que le marché de l’éclairage est à un tournant et doit rapidement s’adapter. « Les choses ne vont pas bien dans l’industrie. Ce n’est pas beau à voir ».

Et il y a urgence, car la baisse des prix pourrait bien définitivement faire fuir les investisseurs, alors que la situation actuelle est déjà tendue et ne peut plus permettre « des investissements sans risques » (Les Echos.fr – 28 février 2016). « Même la bénédiction que fut, ces dernières années, le marché des pays émergents ne semble plus satisfaire les investisseurs ».

La domination mondiale de l’Asie, une fatalité ?

Au lieu de laisser la « main invisible » restructurer le marché, faut-il, au contraire, construire une véritable politique européenne, ou française, en matière d’éclairage avec une vision à long terme ? C’est en tout cas l’avis de certains, qui pointent un « fatalisme » ambiant (Les Echos.fr – 23 février 2016). A l’instar des actions du gouvernement dans la sidérurgie par exemple, il faudrait mettre en place une politique de protection, le domaine étant stratégique, notamment en matière de protection des données.

En résumé : peut-on laisser à des « non-européens » l’accès et le contrôle des données qui transiteront par nos éclairages publics intelligents de demain ? Et ce pourrait bien être là l’exemple du serpent qui se mord la queue, puisque l’absence de politique et d’’acteurs européens sur le marché pourrait « accroître une incompréhension, sinon une défiance des européens en quête d’un confort de la lumière intelligente bien sécurisée en termes de données collectées » (Les Echos.fr – 28 février 2016).

L’Europe, un acteur central du marché de l’éclairage

En matière d’éclairage, il semble que tous les analystes du marché placent l’Europe comme moteur du marché mondial de l’éclairage actuel et à venir, à défaut d’un accord sur les estimations de revenus.

Dans un rapport intitulé « le marché de l’éclairage LED pour les applications résidentielles, architecturales et extérieures 2014-2020 », le cabinet Zion Research prévoit que le marché des LED atteindra 42,5 milliards de dollars en 2020, contre 20 milliards en 2014 (Globalnewswire.com – 22 février 2016).

En 2014, le secteur résidentiel domine le marché (40 %), suivi de l’éclairage architectural puis de l’éclairage extérieur. L’Europe représente 30 % du marché des LED. Le cabinet classe la France comme l’un des moteurs de cette croissance, aux côtés de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Le marché global des systèmes d’éclairage intelligent devrait atteindre 8,3 milliards de dollars d’ici 2020. Si l’Europe constituait le plus gros marché en 2014, l’Asie-Pacifique en prendra la tête en 2017, grâce au secteur des bâtiments tertiaires. Les bâtiments commerciaux pèseront d’ailleurs pour 58 % du marché mondial des systèmes d’éclairage intelligent (Prnewswire.com – 18 février 2016).

L’éclairage public au cœur de l’attention

Il est intéressant de noter que tous les articles traitant de ce sujet placent l’éclairage public comme le segment de marché permettant de relancer, ou de faire couler, les ambitions européennes de leadership dans le domaine de l’éclairage (Les Echos.fr – 23 février 2016). Un constat qui peut paraître surprenant lorsque l’on consulte l’état du parc et le potentiel du marché de l’éclairage intérieur (Voir le projet Greentech ci-dessous).

Un seul constat, plusieurs solutions ?

Le constat est partagé : la digitalisation de l’éclairage, qui peut être aussi bien une opportunité que le son du glas pour l’éclairage européen. Si tous les acteurs s’accordent sur le constat, la solution unique, elle, tarde à être trouvée.

Seul point d’accord : le modèle économique de la baisse des prix ne marchera pas. Jed Dorsheimer préconise une spécialisation dans les marchés de niche (VLC, contrôle des bâtiments, horticulture…). Bref, un tien vaut mieux que deux tu l’auras selon lui : « au lieu d’essayer d’atteindre les 2 % de part de marché en éclairage général, mieux vaut une plus grosse part de marché sur une niche » (Luxreview.com – 29 février 2016).

En valeur, le marché devrait reculer de 30 % entre 2014 et 2023, en raison de la baisse des prix et de l’allongement de la durée de vie des produits (Lux, la revue de l’éclairage – janvier/février 2016). Et ce alors même que les ventes des LED atteindront 74 %, contre 15 % en 2014. Solution selon la société d’études Berg Insight ? Les LED représentant le segment de marché le plus prometteur en matière d’IoT (NDRL : Internet of Things), « l’industrie de l’éclairage devra donc ajouter des fonctions de connectivité à des produits vendus en grands volumes ».

Puis vient la version un peu plus philosophique prônant une politique globale, centrée sur l’innovation et la communication.

Un seul constat, plusieurs solutions ?

Le constat est partagé : la digitalisation de l’éclairage peut aussi bien être une opportunité que le son du glas pour l’éclairage européen. Si tous les acteurs s’accordent sur le constat, la solution unique, elle, tarde à être trouvée.

Seul point d’accord : le modèle économique de la baisse des prix ne marchera pas. Jed Dorsheimer préconise une spécialisation dans les marchés de niche (VLC, contrôle des bâtiments, horticulture…). Bref, un tien vaut mieux que deux tu l’auras selon lui : « au lieu d’essayer d’atteindre les 2 % de part de marché en éclairage général, mieux vaut une plus grosse part de marché sur une niche » (Luxreview.com – 29 février 2016).

En valeur, le marché devrait reculer de 30 % entre 2014 et 2023, en raison de la baisse des prix et de l’allongement de la durée de vie des produits (Lux, la revue de l’éclairage – janvier/février 2016). Et ce alors même que les ventes de LED atteindront 74 %, contre 15 % en 2014. Solution selon la société d’études Berg Insight ? Les LED représentant le segment de marché le plus prometteur en matière d’IoT (NDRL : Internet of Things), « l’industrie de l’éclairage devra donc ajouter des fonctions de connectivité à des produits vendus en grands volumes ».

Puis, vient la version un peu plus philosophique prônant une politique globale, centrée sur l’innovation et la communication.

L’éclairage, un service dématérialisé

D’aucuns annoncent l’entrée, amorcée depuis un certain temps, dans l’ère de l’éclairage comme un service immatériel. Mais peut-on vraiment parler d’une nouvelle ère ? Que l’on parle de l’âge d’or de l’éclairage européen ou de sa digitalisation actuelle, l’éclairage n’a-t-il pas toujours apporté un plus, un service immatériel : celui de permettre de bien voir et être vu ? Un service à la personne qui va au-delà du simple allumage et de sa simple fonctionnalité.

Il est vrai que la question est cruciale pour les bonnes pratiques de l’éclairage. Quid de la qualité des produits et, en conséquence, de la qualité des installations ?

Une simple question de stratégie marketing ?

Pour les partisans de la thèse de la mutation de la « valeur » éclairage, la solution consiste avant tout à redonner un nouveau sens en modifiant la communication traditionnelle des acteurs. Bref, il s’agirait d’utiliser la « publicité contextuelle et virale », « c’est-à-dire capter cette ressource devenue rare avec l’avènement de l’Internet, l’attention du client, à l’instant même où il a besoin de changer une ampoule, un néon luminaire… » (Les Echos.fr – 28 février 2016).  « Il est urgent pour les différents métiers de la filière éclairage de donner du sens aux nouvelles technologies et solutions pour ne pas être victimes de l’ubérisation, l’économie digitale remettant rapidement en cause le vieux modèle de l’économie traditionnelle » (Lux, la revue de l’éclairage n°285 – janvier/février 2016).

« Ledubérisation ou siècle des Lumières » ?

Dans l’éditorial de Lux, la revue de l’éclairage n° 285, Jacques Darmon, Directeur éditorial, pose la question des métiers dans l’économie digitale dans laquelle est entré l’éclairage : « qu’en est-il au niveau des métiers, chacun sa battant pour se situer au plus près du client final ? Aujourd’hui, plus personne ne réussit seul, le temps étant à la coopération… » (Lux, la revue de l’éclairage n°285 – janvier/février 2016).

Vers une stratégie à la française ?

Conscience de l’enjeu stratégique ou de l’enjeu environnemental ? Opportunité ou simple accélérateur du phénomène ? Si l’on n’est pas encore dans une construction d’une politique française de l’éclairage, les Ministres de l’Ecologie et de l’Economie ont intégré la digitalisation de l’éclairage public à leur projet « Greentech ».

Les deux Ministres ont en effet lancé un appel à projets pour les start-up de la transition énergétique pour la croissance verte en février, qui énumère les « défis » auxquels la France va devoir savoir répondre. La numérisation de l’éclairage public y est intégrée (Numerama.com – 9 février 2016).

Rendez-vous aux Journées nationales de la lumière de l’AFE, qui auront lieu à Lyon du 11 au 13 septembre 2016 : http://jnl-afe.fr/lyon2016/